Zoé STARK

Sur le Fil

Les Zoé d'Aracanthe

Photo: Ulrike Klett
Photo: Ulrike Klett
Travail en cours de développement avec Zoé Besmond de Seneville, poète, comédienne et modèle vivant (http://xyzoeoh.tumblr.com) au sein de l'association Aracanthe. (http://www.aracanthe.org/)

Il a été présenté lors d'une performance durant les portes ouvertes des ateliers de Menilmontant en octobre 2016.

L'idée est de dérouler le fil afin de créer un même travail au coeur d'une inspiration partagée à quatre mains. Les couleurs naissent au fil des textes choisis dans un large recueil (textes écrits par Zoé Besmond avec des textes de Rilke, van den Berg,... ). Puis, suivant le fil, les lettres et les mots naissent des couleurs.
C’est donc ici que les gens viennent pour vivre?
Je serais plutôt tenté de croire que l'on meure ici.
Je suis sorti.
J’ai vu des hôpitaux.
J’ai vu un homme qui chancelait et s’affaissa.
Les gens s’assemblèrent autour de lui
et m’épargnèrent ainsi la vue
du reste.
J’ai vu une femme enceinte et
j’ai vu aussi une voiture une grande voiture pleine d’enfants
pleine d’enfants
avait des enfants bruns blonds roux
yen avait un qui avait des taches de rousseurs
et avait un chien dans la voiture
y’avait que des enfants et puis juste un chauffeur
qui était la et qui conduisait la voiture
la voiture faisait le tour de la ville
elle traversait la ville 
du nord au sud
d’est en ouest
elle traversait la ville elle faisait son chemin
avec tout ces enfants 
c’est comme si les enfants sortaient 
c’est comme si
comme ils étaient
comme si la voiture allait exploser
comme si
comme si il y avait de la vie dans cette voiture
c’est comme une analogie
Un poème
Comme ça
un morceau de vie
un grand nuage qui traversait la ville devant nos yeux
Pour nous dire 
Regardez
Regardez
Regardez comme nous on est vivants en fait


Et derrière lui?
Je cherchais sur mon plan
Derrière le monsieur :maison d’accouchement


Enregistrement
ah

Plus loin, rue Saint Jacques, un grand bâtiment avec une coupole.
Ca sentait la pomme frite et la peur aussi.
Les villes sentent en été.
Puis j’ai vu une maison singulière
singulièrement aveugle
Je ne la trouvais pas sur mon plan, mais je vis au dessus de la porte une inscription encore assez lisible: Asile de nuit.
Et puis y’avait marqué les prix a coté. Je les ai lus. C’était pas cher.

Et puis?
J’apprends a voir.
Je ne sais pas pourquoi, tout pénètre en moi plus profondément,
et ne demeure pas où, jusqu’ici, cela prenait toujours fin.
J’ai un intérieur que j’ignorais.
Tout y va désormais.
Je ne sais pas ce qui s’y passe.
Aujourd’hui, en écrivant une lettre, j’ai été frappé du fait que je ne suis ici que depuis 3 semaines.
Trois semaines, ailleurs, à la campagne par exemple,
cela semblait un jour, ici ce sont des années.
Du reste je ne veux plus écrire de lettres.
A quoi bon écrire à quelqu'un que je change?
Si je change, je ne suis plus celui que j’étais,
et si je suis autre que je n’étais, il est évident que je n’ai plus de relations.
Et je ne peux pourtant pas écrire à des étrangers, à des gens qui ne me connaissent pas!


Extraits inspirés des Cahiers de Malte - Laurids Brigge de Rilke. Lus par Zoé Besmond de Seneville.

Créé avec Artmajeur