Zoé STARK

Sur le fil (2016)


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C’est donc ici que les gens viennent pour vivre? Je serais plutôt tenté de croire que l'on meure ici. Je suis sorti. J’ai vu des hôpitaux. J’ai vu un homme qui chancelait et s’affaissa. Les gens s’assemblèrent autour de lui et m’épargnèrent ainsi la vue du reste. J’ai vu une femme enceinte et j’ai vu aussi une voiture une grande voiture pleine d’enfants pleine d’enfants avait des enfants bruns blonds roux yen avait un qui avait des taches de rousseurs et avait un chien dans la voiture y’avait que des enfants et puis juste un chauffeur qui était la et qui conduisait la voiture la voiture faisait le tour de la ville elle traversait la ville du nord au sud d’est en ouest elle traversait la ville elle faisait son chemin avec tout ces enfants c’est comme si les enfants sortaient c’est comme si comme ils étaient comme si la voiture allait exploser comme si comme si il y avait de la vie dans cette voiture c’est comme une analogie Un poème Comme ça un morceau de vie un grand nuage qui traversait la ville devant nos yeux Pour nous dire Regardez Regardez Regardez comme nous on est vivants en fait Et derrière lui? Je cherchais sur mon plan Derrière le monsieur :maison d’accouchement ah Plus loin, rue Saint Jacques, un grand bâtiment avec une coupole. Ca sentait la pomme frite et la peur aussi. Les villes sentent en été. Puis j’ai vu une maison singulière singulièrement aveugle Je ne la trouvais pas sur mon plan, mais je vis au dessus de la porte une inscription encore assez lisible: Asile de nuit. Et puis y’avait marqué les prix a coté. Je les ai lus. C’était pas cher. Et puis? J’apprends a voir. Je ne sais pas pourquoi, tout pénètre en moi plus profondément, et ne demeure pas où, jusqu’ici, cela prenait toujours fin. J’ai un intérieur que j’ignorais. Tout y va désormais. Je ne sais pas ce qui s’y passe. Aujourd’hui, en écrivant une lettre, j’ai été frappé du fait que je ne suis ici que depuis 3 semaines. Trois semaines, ailleurs, à la campagne par exemple, cela semblait un jour, ici ce sont des années. Du reste je ne veux plus écrire de lettres. A quoi bon écrire à quelqu'un que je change? Si je change, je ne suis plus celui que j’étais, et si je suis autre que je n’étais, il est évident que je n’ai plus de relations. Et je ne peux pourtant pas écrire à des étrangers, à des gens qui ne me connaissent pas! Extraits. Les Cahiers de Malte - Laurids Brigge . Lus par Zoé Besmond de Senneville.

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